Pau-Langon, chère liaison
Le terrain est dévasté. De la forêt, ne restent que des souches et des débris de branches. C'est une tranchée de plusieurs dizaines de mètres de large, sur plusieurs
kilomètres. Elle longe une rivière et sa forêt humide, composée de carex, d'aulnes glutineux, de chênes pédonculés, un endroit idéal pour la loutre, le vison, la cistude. Sur un arbre, un pic
épeiche semble observer l'espace vide et silencieux.
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On n'est pas là dans un lointain pays tropical étranglé par les impératifs du développement, les maux de la mauvaise gouvernance et de la corruption. Mais à Escaudes, dans les Landes, en France,
un pays qui s'est engagé à interrompre en 2010 l'érosion de la biodiversité sur son sol et à diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.
Plus de 30 hectares ont été défrichés ici, près de 600 autres le long du parcours de ce qui est le plus grand chantier actuel d'autoroute en France, le projet A65, 150 km de Pau à Langon, en
Gironde. Une liaison essentielle pour la région aquitaine, disent les élus, majoritairement favorables. Un projet destructeur et inutile, affirment les opposants, de plus en plus entendus.
Le Conseil national de protection de la nature a rendu, le 19 mars, un avis défavorable à la demande d'autorisation de "destruction d'espèces protégées". Il a notamment jugé que
les mesures de protection du vison d'Europe, un mammifère en grand danger d'extinction en France, étaient très insuffisantes. La société concessionnaire, A'lienor, filiale d'Eiffage et de la
Sanef, doit arrêter les travaux.
Alain Rousset n'a pas apprécié. Le président du conseil régional d'Aquitaine a adressé début avril au ministre de l'écologie, Jean-Louis Borloo, une lettre cosignée par Alain Juppé, François
Bayrou, Henri Emmanuelli : les élus de la région demandent que le chantier ne prenne pas de retard. Cela influencera-t-il le Conseil d'Etat ? Celui-ci doit examiner, lundi 14 avril, le recours
formé par dix associations régionales contre le décret d'utilité publique du projet, pris en décembre 2006.
L'A65 apparaît comme le symbole des luttes en cours contre les autoroutes, alors qu'après le Grenelle de l'environnement le ministre responsable de l'écologie et des équipements, Jean-Louis
Borloo, avait affirmé : "C'est fini, on n'augmentera plus les capacités routières." La déclaration d'utilité publique de l'A65 a certes été signée avant le Grenelle. Mais le dossier n'en
cristallise pas moins l'opposition aux nombreux projets disséminés aux quatre coins de la France.
Avec 10 950 km d'autoroutes, la France a déjà le réseau le plus important d'Europe. Les écologistes protestent contre les projets de contournement de Strasbourg, de Bordeaux, de Toulouse,
de liaisons Gap-Sisteron, Lyon - Saint-Etienne, de doublement de l'autoroute Paris-Lille, pour ne citer que quelques exemples. "Nous avons recensé tous les plans envisagés, il y a en
près de 100, pour 2 300 km, dit Anne Parlange, coordinatrice du collectif d'associations Stop Autoroutes, tout récemment créé. Le Grenelle a pris une bonne décision, mais en pratique,
rien n'a changé."
SUITE
Hervé Kempf
Autoroutes sur Carfree France Pour en finir avec la société de
l’automobile
Appel pour un moratoire sur les projets autoroutiers
Nous, citoyens, associations, syndicats, interpellons les forces politiques et leurs candidats : Nous demandons un moratoire sur tous les projets autoroutiers.
Nous lançons un appel en ce sens et souhaitons que soit lancé un débat national sur les transports. Les choix en la matière doivent être cohérents avec le contexte économique, social et
écologique du 21e siècle.
Les autoroutes sont des infrastructures d’une autre époque
Deux éléments majeurs marquent ce début de ce siècle : Le réchauffement climatique et l’augmentation du prix du pétrole présageant sa fin à l’horizon de quelques décennies. La construction de
nouvelles autoroutes est inutile et dangereuse dans ce nouveau contexte.
Les émissions de gaz à effet de serre des transports routiers sont en constante augmentation. Ils compromettent déjà les engagements de la France à Kyoto, la construction de nouvelles autoroutes
ne peut qu’aggraver la situation.
Le développement du transport routier de marchandises s’est fait au bénéfice d’un pétrole abondant et bon marché. Nous sommes à présent entrés dans une ère de pétrole cher sans alternatives
énergétiques crédibles. Pour qui, pour quoi, continuer à construire des équipements qui seront surdimensionnés dans quelques années ?
Les autoroutes stérilisent des ressources publiques
Les infrastructures autoroutières utilisent en grande quantité des ressources qui pourraient être mieux utilisées ailleurs. 10 km d’autoroute c’est environ 60 millions d’euros, soit le budget
annuel (2004) de l’Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’Énergie. Cet argent serait plus utile dans la recherche sur les économies d’énergies, les carburants non polluants ou le
développement du transport ferroviaire. C’est dans ces domaines que la France a du retard, pas dans son maillage routier.
Les autoroutes favorisent surtout les centres urbains
II n’y a plus de région enclavée en France et l’argument du développement économique apporté par les infrastructures routières a été démenti par de nombreuses études. Les autoroutes favorisent
surtout les grands centres urbains au détriment des territoires traversés.
Elles sont par contre intimement liées à une économie mondiale de plus en ouverte et spécialisée, rythmée par l’exploitation des moindres niches d’économie de coûts de production,
l’externalisation d’un nombre croissant d’activités et les impératifs des stratégies de flux tendu.
L’augmentation de ces échanges se fait au détriment des populations qui subissent les nuisances des transports sans en exiger de dédommagements et grâce à un pétrole abondant et bon marché. Mais
ceci est maintenant remis en question.
Nous voulons d’autres modes de transports qui accompagnent le développement local
Les investissements publics doivent favoriser le développement local, aider à répartir les activités sur tout le territoire, adapter les moyens de transports aux nouvelles réalités de ce début de
siècle. C’était d’ailleurs ce que souhaitent la majorité des français qui selon un sondage fait pour l’Ifen, « pour l’intérêt de leur région (…) préfèr[ent] des infrastructures locales aux grands
équipements régionaux. »
Les autoroutes étaient le symbole d’une époque qui disparaît, celle de l’énergie bon marché, de l’ignorance des conséquences écologiques de l’activité économique, celle aussi de l’autoritarisme
des élus dans la détermination des politiques publiques. Nous sommes en 2006 et plus en 1960, notre époque est celle de la fin du pétrole et du réchauffement climatique. Nous exigeons que nos
élus nous écoutent et prennent en compte ces nouvelles dimensions avec lesquelles le développement de nouvelles autoroutes n’est pas compatible.
Moratoire Autoroutier
NON aux autoroutes !!!
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